Prise de position du Kop Sud et des Green Angels de Saint-Étienne face aux violences d’état dans les manifestations

Le monde des tribunes, le climat social actuel et les violences d’état

Le déferlement répressif des récentes manifestations n’a pas laissé insensible les membres du Kop Sud et des Green Angels 92 de Saint-Étienne. Dans la séquence sociale actuelle, rares sont les ultras à avoir pris position. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été, par le passé, atteints à de nombreuses reprises par les armes de la police.

Pour Serge et toutes les personnes blessées par la répression policière

“Dans les stades, dans les rues comme dans les champs… La police mutile, la police assassine!” Ce week-end, les Green Angels 92 et le Kop Sud de l’AS Saint-Étienne se sont distingués des autres ultras de l’Hexagone en dénonçant clairement, à l’occasion de la réception de Niort en Ligue 2, les violences d’état et les exactions policières. Dans le contexte actuel des manifestations contre la réforme des retraites et de celle de Sainte-Soline contre les “méga-bassines”, nul besoin d’explication de texte.

Depuis le début de la mobilisation d’ampleur contre la réforme des retraites on a bien vu quelques banderoles de soutien fleurir dans les kops de Grenoble ou du Red Star. Ces rares expressions ont fait grincer quelques dents chez les apôtres de l’apolitisme dans les stades. Les tribunes peuvent pourtant être des caisses de résonance de la colère sociale, comme on a pu le voir dans différents stades du Maghreb, de Grèce ou au Chili lors de l’insurrection de la fin de l’année 2019.

On peut juste être surpris de voir le virage stéphanois être aussi isolé au moment de faire le lien entre cette actualité et le vécu des ultras de l’Hexagone. De Casti – supporter montpelliérain éborgné en 2012 suite à un tir de flashball aux abords du Stade de la Mosson – à Maxime Beux – supporter bastiais qui a perdu son œil gauche touché par un LBD40 de la BAC de Reims en février 2016 – le monde des virages compte aussi son lot de mutilés pour l’exemple.

La répression sous toutes ses formes, qu’elle soit “physique” ou sous l’angle de la privation de liberté, les supporters la connaissent. On ne répète pas pour rien que les ultras sont les cobayes d’expérimentations sécuritaires et les stades, des laboratoires de la répression. Durant le mouvement des Gilets Jaunes, le gouvernement ne s’était pas non plus caché de puiser dans l’arsenal judiciaire dévolu aux supporters, notamment les interdictions de stade, pour son projet de loi  “anti-casseurs”, finalement enterré.

Cette réalité se vérifiera encore dans quelques mois avec la mise en place d’une vidéo-surveillance “augmentée par l’intelligence artificielle” dans le cadre de la loi “JO 2024” et qui sera expérimentée jusqu’en 2025 avant d’être sans aucun doute définitivement adoptée et étendue à d’autres sphères de la société. On connaît la chanson. Tout comme celle qui dresse encore trop de cloisons entre les tribunes populaires et les revendications qui s’expriment dans la rue. Le stade n’est pas une terre étrangère à la mêlée sociale.

 

C’est pourtant le même pouvoir qui pousse à l’aseptisation des tribunes et affiche la volonté de mater toute contestation contre le report à 64 ans de l’âge légal de départ à la retraite ou contre l’accaparement d’un bien commun tel que l’eau par une minorité de patrons de l’agro-industrie. Contexte où Serge, militant révolutionnaire présent à la manifestation contre les méga-bassines, a été grièvement blessé par une grenade de la gendarmerie. Son pronostic vital est toujours engagé. Un communiqué consultable sur le blog “Les Camarades du S.” revient sur la besogne médiatique à l’œuvre visant à le salir. «Les mots du pouvoir d’état sont inlassablement répétés sur les plateaux des médias bourgeois pour construire l’ennemi qu’ils veulent combattre. Leur écran de fumée ne supportera pas les dizaines de récits qui sont venus recomposer le déroulement des faits. La gendarmerie a utilisé des grenades dans le but d’abîmer les manifestants et a orchestré la faillite de la prise en charge des secours, quitte à laisser mourir les camarades.»

 

Dans un message publié sur Facebook, le MFC 1871 a également dénoncé la campagne médiatique visant à criminaliser la personne de Serge «en fouillant dans son passé pour le discréditer et salir ses combats.» Le club a aussi eu un mot pour le mouvement “Les Soulèvements de la Terre”, visé par une procédure de dissolution par Darmanin, pour avoir organisé ce week-end contre les méga-bassines. Isoler pour mieux écraser. Une offensive contre-insurrectionnelle de l’État est en marche. Et les tribunes ont aussi leur mot à dire.

 

Article à consulter ici : https://dialectik-football.info/le-monde-des-tribunes-le-climat-social-et-les-violences-detat/